Twisted Tower : pourquoi l'étiquette BioShock est le pire cadeau fait au FPS du 18 août

Quatre médias, un seul et même mot pour vendre ce FPS de fête foraine. Et si cette comparaison flatteuse était précisément ce qui va lui coûter le plus cher ?
Le 18 août, un studio d'à peine plus d'un homme lâche sur Steam un jeu où l'on dézingue des mascottes de conte de fées à coups de minigun à chewing-gum.
Toute la presse a dégainé le même mot pour le résumer, et honnêtement, je crois que ce mot est en train de lui rendre le pire des services.
Un parc balnéaire de 1950, cinq étages et un pistolet à élastiques
Twisted Tower sort le 18 août 2026 sur Steam, sur PC et nulle part ailleurs. Derrière, il y a Atmos Games, le studio de Thomas Brush, avec 3D Realms à l'édition. Le pitch tient dans une image : un complexe balnéaire abandonné des années 1950, une tour à gravir étage par étage, et une femme à retrouver tout en haut. Charlotte, d'après NoFrag. On monte, on comprend, on tire.
Cinq environnements structurent l'ascension.
- l'hôtel
- le parc aquatique
- le casino du clown
- la forêt du carnaval
- une station spatiale
L'arsenal, lui, ressemble à un stand de tir de fête foraine passé au broyeur : marteau tape-taupe, pistolet à élastiques, mitraillette à fléchettes, fusil péteur, minigun à chewing-gum, pistolaser. Les armes s'améliorent, les chemins se multiplient, les mascottes corrompues encaissent. Un détail me fait sourire : la config minimale réclame 2 Go de RAM et une GeForce 9800 GT, une carte de 2008. Ce jeu tournera sur à peu près n'importe quoi. Le prix, lui, reste un mystère : ni l'éditeur ni la page Steam ne l'affichent à cinq semaines de la sortie.
Voilà pour l'inventaire. Le problème n'est pas dans la boîte, il est dans le mot que tout le monde a collé dessus avant de l'ouvrir.
BioShock, le compliment qui condamne
Gamekult titre que Twisted Tower « est un BioShock dans un parc d'attractions horrifique ». JVMag y décèle « un soupçon de BioShock ». PC Gamer le décrit comme un BioShock reconverti en jeu télé mortel. Personne ne s'est concerté, tout le monde a sorti la même carte. Le contexte l'explique : la franchise de Ken Levine est en rade, 2K patine sur le prochain épisode, Take-Two l'a reconnu, et la remasterisation date de dix ans. Un manque pareil, ça se cherche un remplaçant.
Sauf que BioShock n'a jamais été une direction artistique art déco et un feeling d'armes. C'était une thèse, tenue par ses systèmes. Le « Would you kindly » qui vous apprend après coup que vous n'avez rien choisi. Les Petites Sœurs qui font payer votre morale en munitions. Le sens naissait de la boucle de gameplay, pas du décor autour. Réduire BioShock à son ambiance, c'est déjà l'avoir oublié.
Et coller cette étiquette sur le dos d'un jeu de mascottes et de minigun à chewing-gum, c'est l'obliger à disputer un match qu'il n'a pas choisi, sur un terrain où il perdra à tous les coups. Twisted Tower n'a rien à prouver sur le libre-arbitre. Il a une tour à faire monter et des jouets à faire exploser. Un média français, un seul, a pu vérifier ce que ça donnait manette en main.
La démo a déjà parlé, et elle ne raconte pas la même histoire
NoFrag y a joué. Au Steam Next Fest de février 2025, la démo a laissé une impression nette : un gunplay « plutôt correct », une progression linéaire, une histoire simpliste. Pour un titre qu'on vend en héritier de BioShock, l'écart est cruel. Du tiède là où l'original brûlait d'intentions. Le jeu avait été annoncé en 2023, puis il s'est tu pendant des mois. Il ressort du silence avec une date, pas avec une révolution.
L'état des lieux tient en deux colonnes.
| Ce que la démo a montré | Ce qu'on ignore encore |
|---|---|
| Un gunplay correct, sans plus | Le prix |
| Une progression linéaire | La durée de vie |
| Une histoire simple | Une éventuelle sortie console |
| Une direction artistique tenue | Si les cinq zones tiennent la distance |
Et la linéarité, franchement, n'est pas une tare. C'est un langage. Half-Life avance en ligne droite et raconte pourtant tout ce qu'il a à raconter. Ce qui se joue le 18 août, ce n'est pas la capacité de Twisted Tower à être un BioShock. C'est sa capacité à assumer pleinement d'être un parc d'attractions.
Thomas Brush joue plus gros qu'un jeu de mascottes
On connaît Thomas Brush pour Pinstripe et Neversong, deux jeux d'auteur financés sur Kickstarter, et pour une chaîne YouTube massive où il explique aux autres comment vivre du développement de jeux. La position est inconfortable : quand on a passé des années à raconter comment on livre un jeu, il faut finir par en livrer un. Cette fois, il a 3D Realms derrière lui et une date ferme au calendrier. Plus de filet.
Le parc d'attractions à l'abandon est devenu un décor de première nécessité pour l'horreur contemporaine, de Five Nights at Freddy's à Poppy Playtime. Le clown n'a jamais été le vrai sujet. La peur vient d'ailleurs : un lieu bâti pour l'enfance qui continue de tourner à vide, sans personne dedans. Twisted Tower a cinq étages pour en faire quelque chose, et un minigun à chewing-gum pour ne pas se prendre trop au sérieux en chemin. C'est peut-être tout ce dont il avait besoin, qu'on cesse de le comparer et qu'on le regarde enfin.
Et vous, l'étiquette BioShock, elle vous donne envie ou elle vous refroidit d'avance ? Dites-le en commentaire, je lis tout.
À retenir
- Twisted Tower sort le 18 août 2026 sur Steam, sur PC uniquement, aucune version console annoncée
- Développé par Atmos Games (Thomas Brush, à qui l'on doit Pinstripe et Neversong), édité par 3D Realms
- Cinq zones à gravir dans un complexe balnéaire des années 1950 : hôtel, parc aquatique, casino du clown, forêt du carnaval, station spatiale
- Un arsenal de fête foraine : marteau tape-taupe, pistolet à élastiques, mitraillette à fléchettes, minigun à chewing-gum
- La démo du Steam Next Fest de février 2025 décrivait un gunplay correct, une progression linéaire et une histoire simple
- Le prix n'est toujours pas annoncé à cinq semaines de la sortie
- La comparaison avec BioShock vient surtout du vide laissé par 2K, dont l'épisode suivant s'enlise
Critique et essayiste jeu vidéo, spécialiste de la narration et du game design. Il s'intéresse à ce qui fait qu'un jeu raconte vraiment quelque chose.
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