Digimon Story Time Stranger : la démo Switch vous piège avant même d'avoir acheté le jeu

Par Critique jeux vidéo
Publié le 13 Juillet 2026 à 11:00 Réagir Ajouter comme source préférée sur Google
Digimon Story Time Stranger : la démo Switch vous piège avant même d'avoir acheté le jeu
© Bandai Namco / Media.Vision (key art officiel) et Nintendo (visuel presse Switch 2)

Le portage Switch de Time Stranger est excellent, mais il vous fait choisir votre console avant de savoir si vous aimerez le jeu, et ce choix ne se reprend pas.

Un agent du bureau ADAMAS, un œuf brisé, Shinjuku qui s'effondre sous vos pieds : la démo de Digimon Story Time Stranger vous attrape en vingt minutes, et elle vous engage bien plus loin que vous ne le croyez.

Parce qu'avant même l'histoire de la sauvegarde, il y a une ligne dans les options de la Switch 2 qui décide à elle seule de la tête qu'aura votre jeu.

Sur Switch 2, le mode qui promet le plus est celui qu'il faut fuir

Bandai Namco a accompagné la sortie Nintendo du 10 juillet 2026 d'une mise à jour gratuite, disponible sur toutes les plateformes. Au menu, un mode photo, Terriermon Assistant en personnage jouable, l'affichage des conditions de digivolution depuis la Digi-ferme, et surtout un nouveau mode graphique qui laisse arbitrer entre la qualité d'image et la fluidité, jusqu'à 60 fps. Sur le papier, c'est le genre d'attention qu'on aimerait voir plus souvent sur un portage.

Dans les faits, le mode Qualité de la Switch 2 est le grand raté de cette version. Nintendo-Town, qui note pourtant le jeu 7,8/10, décrit du pop-in et des textures qui se chargent avec un temps de retard. L'Éclaireur relaie le même constat côté presse spécialisée, textures baveuses, aliasing, ralentissements.

Mode Ce qu'il promet Ce qu'on obtient
Qualité La plus belle image Pop-in, textures en retard, aliasing
Performance La fluidité, jusqu'à 60 fps La bonne version du jeu, surtout en portable

Autrement dit, l'argument marketing du portage est aussi son piège. Encore faut-il posséder la console qui donne accès à ce mode, et c'est là que la démo vient tout compliquer.

La démo transfère votre progression, mais pas d'une console à l'autre

La démo, dispo sur l'eShop comme sur Steam, le PlayStation Store et le Microsoft Store, est découpée en deux. La première partie couvre l'ouverture du jeu, l'enquête sur l'anomalie de Shinjuku, la chute, l'œuf du Grand Gardien, la rencontre avec Inori puis avec Hiroko Sagisaka. Elle laisse choisir d'emblée entre trois des cinq niveaux de difficulté, histoire, équilibré et difficile. Et sa progression se transfère dans le jeu complet, ce qui reste un geste rare et appréciable.

Sauf que ce transfert ne franchit pas les frontières. La sauvegarde n'est pas compatible entre plateformes, et Gamekult précise le détail que tout le monde survole : même entre Switch et Switch 2, elle ne passe pas. Faites la démo sur la vieille machine du salon, achetez le jeu sur la neuve, et vos premières heures partent à la poubelle. La seconde partie de l'essai, qui se débloque une fois la première terminée et vous lâche au Centre-Ville du Digimonde avec Aegiomon et les Digimontures, ne se sauvegarde de toute façon pas du tout.

On vous demande donc de vous marier à une console avant d'avoir su si le jeu vous plaisait. Ce serait un détail si Time Stranger se donnait vite. Il ne se donne pas vite du tout.

Sept heures à tenir, et c'est tout le sujet de ce jeu

Le premier tiers de l'aventure, sept à huit heures, est lent. Couloirs, combats qui reviennent, villes un peu vides. Les tests s'accordent tous là-dessus, Nintendo-Town parle d'une structure trop dirigiste, Nintendo Master d'un début poussif. Voilà pourquoi ce jeu, sorti le 3 octobre 2025 sur PS5, Xbox Series et PC, est passé sous les radars au point que Gamekult le range aujourd'hui parmi les titres les plus sous-estimés de l'année écoulée. Il ne fait aucun effort pour séduire dans ses deux premières heures, et le marché ne pardonne plus ça.

Ce qui est intéressant, c'est ce que le jeu fait de cette patience une fois qu'on la lui accorde. Plus de 450 Digimon hors DLC, une digivolution non linéaire où chaque créature ouvre quatre à cinq formes, la possibilité de dé-digivoluer sans pénalité pour reconstruire une branche entière, les fusions ADN, le tour par tour en 3 contre 3. 40 heures pour la trame, plus de 100 si on veut tout voir. Une bande-son signée Masafumi Takada, et une localisation française intégrale. Media.Vision, le studio de Wild Arms, n'a pas fait un jeu qui impressionne. Il a fait un jeu qui s'installe.

Je ne vais pas défendre ce premier tiers pour autant, il est vraiment long, et une friction n'est un langage que si elle raconte quelque chose. Ici, elle raconte surtout un rythme de JRPG à l'ancienne assumé, huit ans après le précédent épisode, dans une série dont Cyber Sleuth et sa suite ont dépassé les trois millions de ventes sans jamais devenir tendance. Time Stranger ne cherche pas à être le jeu dont on parle. Il cherche à être celui auquel on revient, et honnêtement, c'est un pari plus courageux qu'il n'en a l'air.

Alors dites-moi en commentaire : vous la faites sur quelle machine, cette démo ? Et est-ce que vous lui accordez vos sept heures ?

À retenir

  • Digimon Story Time Stranger est sorti le 10 juillet 2026 sur Switch et Switch 2, à partir de 59,99 € (sortie initiale PS5, Xbox Series et PC le 3 octobre 2025).
  • Le mode Qualité de la Switch 2 est raté (pop-in, textures en retard) : jouez en mode Performance, idéalement en portable.
  • La démo transfère sa progression dans le jeu complet, mais la sauvegarde ne passe pas d'une plateforme à l'autre, y compris de Switch à Switch 2.
  • La deuxième partie de la démo, débloquée après la première, ne se sauvegarde pas du tout.
  • Comptez 7 à 8 heures de mise en route très lente avant que le jeu décolle vraiment.
  • Derrière : plus de 450 Digimon, une digivolution non linéaire, 40 heures d'histoire et plus de 100 heures pour tout voir. Nintendo-Town met 7,8/10.
Aurélien Bouscarel · Critique jeux vidéo

Critique et essayiste jeu vidéo, spécialiste de la narration et du game design. Il s'intéresse à ce qui fait qu'un jeu raconte vraiment quelque chose.

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