Rockstar : 34 salariés licenciés 2 jours après avoir voulu se syndiquer, l'affaire qui rattrape GTA 6

Par Critique jeux vidéo
Publié le 5 Juillet 2026 à 23:00 Réagir Ajouter comme source préférée sur Google
Rockstar : 34 salariés licenciés 2 jours après avoir voulu se syndiquer, l'affaire qui rattrape GTA 6
© RockstarGame

À cinq mois de la sortie la plus attendue de la décennie, ceux qui fabriquent GTA 6 accusent Rockstar de faire, en coulisses, exactement ce que ses jeux dénoncent depuis vingt-cinq ans.

Si vous comptez précommander GTA 6, il y a une histoire que Rockstar préférerait que vous ne lisiez pas avant le 19 novembre.

Officiellement, RockstarGame parle d'une faute contractuelle, mais en regardant de près ce que ce studio fabrique, cette version tient de moins en moins.

« Faute grave » : la version Rockstar contre celle des salariés

Reprenons dans l'ordre, parce que la chronologie dit déjà presque tout. Fin octobre 2025, Rockstar licencie 34 personnes d'un coup, 31 au Royaume-Uni et 3 au Canada. Le motif officiel : elles auraient partagé des informations confidentielles sur un « forum public ». Ce forum public, c'était un Discord privé entre collègues.

Le détail qui coince est ailleurs. Ces salariés venaient d'atteindre le seuil de 10 % d'adhésion qui, au Royaume-Uni, ouvre le droit de réclamer la reconnaissance d'un syndicat. Deux jours plus tard, ils étaient dehors. L'IWGB n'a pas pesé ses mots : le « union busting le plus impitoyable de l'histoire du jeu britannique ». Le 7 novembre, des développeurs manifestaient devant les bureaux de Londres, « Rockstar, vous êtes dégoûtants ».

La justice avance à son rythme. En janvier 2026, le tribunal de Glasgow refuse de réintégrer les licenciés en attendant le fond. En juin, il reconnaît malgré tout au syndicat le droit de plaider le fichage de militants, et fixe le procès de septembre à octobre 2026, quelques semaines avant la sortie. Le 1er juillet, après neuf mois de bras de fer, Rockstar accepte enfin de s'asseoir à la table. Sauf que quand on regarde ce que ce studio fabrique et vend, l'accusation prend un tout autre relief.

La satire de GTA, retournée contre son studio

Il faut se souvenir de ce que raconte GTA. Depuis vingt-cinq ans, la série est une charge drôle et féroce contre le rêve américain version fric-roi : patrons cyniques, golden boys interchangeables, petites mains broyées par des multinationales qui sourient en vous licenciant. On riait de ces caricatures. On rit moins devant les chiffres internes.

Chez Rockstar, l'écart de rémunération entre femmes et hommes est documenté, et il est net.

Indicateur Écart femmes vs hommes
Salaire horaire médian -18,6 %
Bonus médian -22,2 %
Part des postes les mieux payés 11,8 % (contre 24,5 % des moins payés)

Les primes, justement, sont « discrétionnaires », un système présenté non comme une récompense mais comme un levier de contrôle, où l'on ne sait jamais tout à fait pourquoi ni combien on est payé. Ajoutez des contrats qui font renoncer aux protections britanniques sur le temps de travail, plus le crunch, cette « fatalité » maison déjà pointée du doigt sur Red Dead Redemption 2 en 2018.

Le syndicat réclame trois choses, pas une de plus.

  • transparence des salaires
  • flexibilité du travail
  • fin du crunch

Rien de révolutionnaire. Mais tout le système repose sur un seul mot, « volontaire », et c'est ce mot qui commence à se fissurer.

Ce qu'on précommande vraiment avec GTA 6

Le crunch « volontaire », c'est l'idée qu'un développeur accepte librement de sacrifier ses soirées contre un bonus. Le mot ne tient que tant que personne ne dit non ensemble. Quand des salariés se syndiquent pour refuser ces heures, le volontariat cesse d'exister au sens propre : il redevient ce qu'il a toujours été, une contrainte déguisée en choix. C'est peut-être ça, le vrai enjeu du procès de l'automne.

Pendant ce temps, GTA 6 sort le 19 novembre 2026, avec déjà plus de 3 milliards de dollars de précommandes. GTA 5 avait rapporté 8,5 milliards de profits, le sixième vise plus haut encore. 220 salariés ont signé pour réclamer la réintégration de leurs collègues, et le procès tombera en pleine dernière ligne droite du développement. On achètera donc un jeu fabriqué sous litige.

Soyons clairs, je ne vais pas vous dire de ne pas y jouer. GTA 6 sera sans doute immense, et bouder un chef-d'œuvre ne réparera aucun licenciement. Mais précommander a un sens. On valide un modèle, une manière de traiter celles et ceux qui font le jeu. On peut aimer une œuvre et refuser de fermer les yeux sur son atelier. Vous, vous précommandez quand même, ou vous attendez de voir ? Dites-le en commentaire.

À retenir

  • Fin octobre 2025, Rockstar a licencié 34 salariés, deux jours après qu'ils aient atteint le seuil pour demander un syndicat.
  • L'IWGB parle du « union busting le plus impitoyable de l'histoire du jeu britannique ».
  • Un procès est fixé de septembre à octobre 2026, avec une accusation de fichage de militants.
  • En interne : salaire horaire des femmes -18,6 %, bonus « discrétionnaires » utilisés comme levier de contrôle.
  • Les trois revendications : transparence des salaires, flexibilité, fin du crunch.
  • GTA 6 sort le 19 novembre 2026, avec plus de 3 milliards de dollars de précommandes déjà encaissées.
Aurélien Bouscarel · Critique jeux vidéo

Critique et essayiste jeu vidéo, spécialiste de la narration et du game design. Il s'intéresse à ce qui fait qu'un jeu raconte vraiment quelque chose.

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