Moss: The Forgotten Relic ressuscite sur Switch 2 deux jeux que la VR avait enterrés

Deux jeux conçus pour la réalité virtuelle débarquent sur Switch 2 à 18,99 euros, et cette traduction vers la manette révèle autant qu'elle sacrifie.
Il y a huit ans, pour serrer la patte de Quill, il fallait un casque de réalité virtuelle et une bonne raison de le garder sur le nez.
Depuis le 16 juillet, cette poignée de main tient dans une manette, et c'est là que Moss: The Forgotten Relic devient un cas d'école.
Le jour où tu étais un personnage du jeu
En 2018, sur PS4, Moss tentait un pari que peu de jeux ont osé depuis. Tu n'y incarnais pas seulement Quill, cette petite souris à l'épée. Tu jouais aussi ton propre rôle, celui du Lecteur, un personnage à part entière que la souris regardait droit dans les yeux. Elle te parlait en langue des signes américaine, te tapait dans la patte après un passage difficile, te désignait un mécanisme du regard. Le studio Polyarc, fondé par d'anciens de Bungie et Rockstar, avait saisi une chose simple. En réalité virtuelle, la complicité n'est pas une cinématique, c'est une présence.
Moss: Book II a prolongé l'idée en 2022, toujours en VR, puis le silence, ou presque, tant le casque restait un objet de niche. La compilation qui sort aujourd'hui débranche justement l'organe qui faisait la singularité de la série. Reste à savoir ce qu'il subsiste d'une intimité quand on retire ce qui la rendait possible.
La caméra qui coince n'est pas un bug, c'est un fantôme
Lisez les tests et un même reproche revient, comme un tic. La caméra manque de souplesse. Nintendo World Report en fait son principal point de friction et le paie de quelques dixièmes avec un 7,5 sur 10, le site nintendo-town parle d'une caméra scriptée et rigide. Rien d'un hasard de programmation. En VR, la caméra, c'était ta tête. Tu te penchais pour regarder derrière un pilier, tu levais les yeux vers le sommet d'une tour. Aplatie sur un écran, cette liberté s'évapore, et il faut bien que quelqu'un décide du cadrage à ta place.
Polyarc a reconstruit une caméra dite intelligente pour compenser, ce que la presse anglophone résume par une formule honnête, elle finit par fonctionner. Le calcul des pertes et des gains est assez net.
| Version VR (2018-2022) | Version manette (2026) |
|---|---|
| Ta tête dirige la caméra | Un cadrage automatique décide pour toi |
| Tu es le Lecteur, un personnage | Tu observes un diorama depuis l'extérieur |
| Un casque coûteux, un public rare | 18,99 € sur l'eShop, ouvert à tous |
| La sensation de présence | 60 images par seconde sur Switch 2 |
Et pourtant le portage ne s'effondre pas, loin de là. La moyenne OpenCritic grimpe à 80, IGN accorde un 8 sur 10, d'autres montent jusqu'à 9. Le game feel a changé de nature, il n'a pas disparu. La souris reste attachante, les dioramas gardent leur horlogerie de casse-tête, la bande-son de Jason Graves enveloppe encore chaque tableau. On a troqué la magie du toucher contre le confort du canapé.
18,99 euros pour deux jeux que presque personne n'avait joués
Voilà le vrai tour de force, et il est moins technique que culturel. Ces deux Moss ont raflé plus de 160 prix et nominations, mais leur écrin, la VR, les a longtemps tenus à distance du grand public. Un chef-d'œuvre que personne ne peut lancer reste une rumeur. En passant à la manette, sur Switch et Switch 2, Quill sort enfin de sa vitrine. Comptez une dizaine d'heures pour boucler les deux livres, et une option d'accessibilité autorise même à sauter les combats pour qui l'action rebute.
Le titre, The Forgotten Relic, la relique oubliée, sonne dès lors comme un double aveu. On a oublié ces jeux parce qu'ils étaient prisonniers d'un format confidentiel, et on les exhume en acceptant d'abîmer un peu ce qui les rendait uniques. C'est le prix des relectures. On perd la version d'origine, on gagne des lecteurs. Pour 18,99 euros, l'échange me paraît plus qu'honnête.
À retenir
- Moss: The Forgotten Relic réunit Moss (2018) et Moss: Book II (2022), du studio Polyarc.
- Sortie le 16 juillet 2026 sur Switch et Switch 2, au prix de 18,99 € sur l'eShop.
- Les deux jeux étaient à l'origine des expériences de réalité virtuelle, ici jouables à la manette.
- Sur Switch 2, le portage tourne à 60 images par seconde, en docké comme en nomade.
- Accueil critique solide (OpenCritic 80), avec la caméra comme principal point de friction.
- Environ une dizaine d'heures pour les deux livres, et une option d'accessibilité permet de passer les combats.
Et vous, débrancher la réalité virtuelle vous prive de l'essentiel, ou l'accès à petit prix vaut bien ce sacrifice ? Racontez en commentaire comment vous avez rencontré Quill, casque sur la tête ou manette en main.
Critique et essayiste jeu vidéo, spécialiste de la narration et du game design. Il s'intéresse à ce qui fait qu'un jeu raconte vraiment quelque chose.
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