Action Take-Two avant GTA 6 : le piège de septembre 2013 que le marché oublie

Par Critique jeux vidéo
Publié le 25 Juillet 2026 à 10:24 Réagir Ajouter comme source préférée sur Google
Action Take-Two avant GTA 6 : le piège de septembre 2013 que le marché oublie
© Rockstar Games / Take-Two (logos officiels)

Tout le monde vous répète d'acheter Take-Two avant le 19 novembre, mais l'histoire boursière de GTA 5 raconte une autre partie, et elle vaut le détour.

Le studio derrière GTA 6 vient de faire exploser tous les records de précommande, et son action n'a pourtant pas pris un centime depuis janvier.

Ce grand écart n'a rien d'un accident, et il dit à peu près tout ce que le marché a déjà décidé à votre place.

Le marché a déjà tranché, et pas dans le sens que vous croyez

Regardez le tableau des analystes et vous tombez sur un mur. Vingt-cinq avis à l'achat, une cible moyenne autour de 281 $, un plus haut à 368 $ chez Bank of America, qui vient tout juste de relever son objectif depuis 320 $. Piper Sandler ouvre le suivi en surpondérer avec 280 $ et 22 % de hausse attendue, Wells Fargo emboîte le pas. Sur le papier, l'affaire est pliée.

Maison Objectif de cours Position
Bank of America 368 $ la plus haute du marché
Piper Sandler 280 $ surpondérer, +22 %
Wells Fargo n.c. surpondérer (initiation)
Consensus ~281 $ achat

Sauf que le titre cotait 238,98 $ au 21 juillet, en recul de 5 % depuis le début de l'année, à portée de son plus haut annuel de 264,65 $. Voilà le paradoxe qui devrait vous arrêter. Quand tout un consensus a déjà écrit noir sur blanc que le jeu sera un triomphe, la bonne nouvelle n'est plus devant vous. Elle est déjà dans le cours. Ce mur d'optimisme n'a pourtant rien inventé, il l'a tiré d'un précédent très précis. Et ce précédent dit l'inverse de ce qu'on en retient.

La leçon de septembre 2013 que personne ne vous ressort

Rembobinez. Un an avant la sortie de GTA 5, l'action Take-Two valait environ 11 $. Le jour du lancement, le 17 septembre 2013, elle cotait 17,70 $. Un an plus tard, 22,99 $, soit 35 % de plus. Le détail que la plupart des guides oublient de souligner tient dans la chronologie. L'essentiel de la hausse est arrivé après la sortie, pas avant.

Rien de mystérieux là-dedans. GTA 5 a écoulé plus de 11 millions d'exemplaires dès le premier jour et dépassé 230 millions depuis. Mais ce qui a fait grimper le titre sur la durée, c'est GTA Online et ses revenus récurrents, encaissés année après année pendant plus d'une décennie. Acheter la veille du lancement pour capter l'euphorie d'un soir revient à se tromper d'histoire. La valeur ne s'est pas créée le jour J, elle s'est créée dans les mille jours qui ont suivi. La question n'est donc pas de savoir si GTA 6 se vendra. Elle est de savoir si 2026 peut rejouer 2013.

Le vrai pari, et les trois grains de sable

Soyons clairs sur ce qui doit être vrai pour que le titre s'envole. Vendre le jeu ne suffit pas. Le seuil de rentabilité se situe entre 12 et 25 millions d'exemplaires, une formalité pour une licence qui en a déjà écoulé 230. Le vrai moteur, c'est la reconduction du modèle GTA Online, cette capacité à transformer un lancement en rente de dix ans. Tout le reste n'est que le prix d'entrée.

Trois choses peuvent faire dérailler ce scénario.

  • Le calendrier. GTA 6 a déjà glissé une fois. Sur un titre aussi tendu, la moindre rumeur de report peut déclencher une correction brutale.
  • L'attente devenue démesurée. Les précommandes ont dépassé en 24 heures ce qu'un Call of Duty encaisse sur toute sa campagne, et les analystes parlent de 25 à 35 millions de ventes le premier jour. À ce niveau d'exigence, un lancement seulement très bon serait vécu comme une déception.
  • Le reste de la maison. Le mobile pèse près de la moitié du chiffre d'affaires depuis le rachat de Zynga pour 12,7 milliards de dollars, et Take-Two affichait encore 4,48 milliards de pertes nettes en 2025. GTA 6 doit porter à lui seul un ensemble qui n'a rien de glamour.

Mon avis, puisqu'il faut trancher. Si vous achetez Take-Two, achetez la rente de dix ans, pas le feu d'artifice du 19 novembre. Le feu d'artifice, le marché l'a déjà payé, à 368 $ d'objectif et 25 avis à l'achat. La vraie création de valeur, elle, se jugera bien après que les serveurs auront ouvert. Notez au passage qu'il faudra un compte-titres ordinaire pour se positionner, l'action américaine n'entrant pas dans un PEA.

Et vous, vous vous placez avant le 19 novembre ou vous attendez les premiers chiffres de ventes pour décider ? Dites-le en commentaire.

À retenir

  • GTA 6 sort le 19 novembre 2026, précommandes ouvertes depuis le 25 juin.
  • L'action Take-Two cote 238,98 $, en recul de 5 % depuis janvier, malgré un consensus massivement à l'achat.
  • Les analystes visent en moyenne 281 $, jusqu'à 368 $ chez Bank of America.
  • En 2013, l'essentiel de la hausse (+35 %) est venu après la sortie de GTA 5, porté par les revenus récurrents de GTA Online.
  • Le seuil de rentabilité de GTA 6 se situe entre 12 et 25 millions d'exemplaires, une broutille face aux 230 millions de GTA 5.
  • Trois risques : un report possible, des attentes démesurées (25 à 35 M de ventes jour 1 anticipées) et un mobile qui pèse la moitié du CA pour 4,48 Md$ de pertes en 2025.
Aurélien Bouscarel · Critique jeux vidéo

Critique et essayiste jeu vidéo, spécialiste de la narration et du game design. Il s'intéresse à ce qui fait qu'un jeu raconte vraiment quelque chose.

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