Prix de la RAM : ce que vous payez n'est pas encore le vrai tarif, prévient Valve

Par Critique jeux vidéo
Publié le 20 Juillet 2026 à 10:01 Réagir Ajouter comme source préférée sur Google
Prix de la RAM : ce que vous payez n'est pas encore le vrai tarif, prévient Valve
© Valve, Corsair et Nvidia (visuels presse officiels)

Les tarifs affichés en rayon traînent six mois de retard sur ceux du marché de gros, et les industriels du secteur ne s'accordent même pas sur la suite.

Un kit de 32 Go de DDR5 se négocie aujourd'hui entre 440 et 480 € chez les revendeurs français, soit quatre à cinq fois son tarif de l'été 2025.

Et pendant qu'on encaisse, deux dirigeants du même groupe coréen racontent deux histoires différentes sur ce qui nous attend.

Neuf jours, deux versions, un seul groupe

Le 10 juillet, jour de la cotation de SK Hynix au Nasdaq, le PDG Kwak Noh-jung a lâché une phrase que peu d'investisseurs ont dû trouver rassurante. 2027 sera « la pire année de l'histoire de l'industrie du point de vue de l'offre ». Même horizon pour la suite : la demande des clients restera supérieure aux capacités de production « même au-delà de 2030 ». Le tout le jour d'une introduction en Bourse à 26,5 milliards de dollars, la plus grosse jamais réalisée aux États-Unis par une société étrangère.

Neuf jours plus tard, sur l'île de Jeju, le patron du groupe SK tenait un discours d'une autre couleur devant les journalistes du forum de la Chambre de commerce et d'industrie de Corée. Le diagnostic est le même sur le fond, la demande de semi-conducteurs devrait grimper de 50 à 60 % en 2027 quand l'offre, elle, ne bougera quasiment pas. Puis vient cette sortie, qui détonne.

Qui Quand Le message
Kwak Noh-jung, PDG de SK Hynix 10 juillet, cotation au Nasdaq 2027 sera la pire année, la pénurie dépasse 2030
Chey Tae-won, patron du groupe SK 19 juillet, forum de la KCCI à Jeju « Les prix actuels sont anormaux et doivent baisser »

Il n'y a pas de mensonge là-dedans, et c'est bien ce qui rend l'exercice savoureux. Le premier parle depuis une salle de marché, où la rareté se valorise. Le second parle depuis un forum patronal, où l'urgence est de convaincre les gouvernements de financer des usines, dans le Honam comme aux États-Unis. Ce qui est intéressant, c'est que les deux discours sortent de la même maison à neuf jours d'écart, et qu'aucun des deux ne dit quand ça redescend. Alors qui parle au joueur, dans cette affaire ?

Ce que vous payez, c'est le prix d'il y a six mois

La réponse est venue d'un endroit inattendu, un fabricant de consoles. Interrogé par Bloomberg, Yazan Aldehayyat, ingénieur chez Valve, résume la situation sans emballage : les choses continuent d'empirer. Avec un détail que personne n'a envie d'entendre. Les prix affichés en rayon accusent trois à six mois de retard sur les tarifs pratiqués en gros. Ce que vous payez en ce moment n'est pas la crise actuelle. C'est celle de l'hiver dernier.

Le reste de l'entretien décrit un rapport de force à sens unique. Valve n'a signé aucun contrat d'approvisionnement avec Samsung, SK Hynix ou Micron. Chaque mois, les fabricants annoncent un prix et un volume, à prendre ou à laisser, et un refus se paie cash : on ne rappelle pas. Pierre-Loup Griffais, ingénieur maison, le formule autrement. « On construit tout ce qu'on peut, on est limités par la capacité mémoire, c'est certain. »

Le résultat tient en un chiffre. La Steam Machine visait un tarif autour de 800 €, elle est sortie à plus de 1 000 €, environ 500 € de plus qu'une PS5 livrée avec sa manette. Les réassorts de Steam Deck OLED, eux, sont retardés faute de mémoire et de stockage. Chez Micron, Sanjay Mehrotra évoque une amélioration en 2028 au mieux, et les analystes ne voient pas de détente avant deux à trois ans. Trois fabricants décident, tout le monde encaisse.

Une plainte déposée le 25 juin, et un précédent qui date de 2005

Il y a un mot que l'industrie évite soigneusement, et qu'un tribunal californien va devoir examiner. Le 25 juin 2026, une action collective a été déposée devant la cour fédérale du district Nord de Californie contre Samsung, SK Hynix et Micron. Quatorze particuliers et trois petits assembleurs PC, représentés par le cabinet Bathaee Dunne, accusent les trois fabricants d'avoir coordonné leur retrait de la DDR3 et de la DDR4 pour basculer leurs capacités vers la mémoire HBM destinée à l'IA. Hausses alléguées : jusqu'à 700 %.

Les trois entreprises pèsent environ 90 % du marché mondial de la DRAM. Et la mémoire de ce secteur n'est pas vierge. En 2005, Samsung et SK Hynix avaient plaidé coupable dans une affaire d'entente sur les prix de la DRAM, pour des amendes de 300 et 185 millions de dollars. Micron avait échappé aux poursuites en coopérant avec les autorités américaines.

Rien de tout cela n'est jugé, et la demande des centres de données pour l'IA est parfaitement réelle : ce sont eux qui achètent le plus cher, donc eux qu'on sert en premier. On peut d'ailleurs fabriquer une pénurie sans jamais se parler, il suffit que trois acteurs aient le même intérêt au même moment. Mais quand le marché qui fixe le prix de nos machines tient en trois noms, se demander si la rareté est subie ou entretenue n'a plus rien d'une lubie de forum.

L'horizon que ça nous laisse

Mis bout à bout, les calendriers annoncés par les industriels eux-mêmes dessinent un horizon qui n'a rien de court.

  • 2027 : la pire année de l'histoire du secteur côté offre, selon le PDG de SK Hynix
  • 2028 : première amélioration envisagée, selon Micron
  • Au-delà de 2030 : la demande resterait supérieure aux capacités, toujours selon SK Hynix

Un kit de 32 Go n'est pas un drame social, je sais. Mais il y a quelque chose de vertigineux à regarder une industrie entière, celle qui a bâti trente ans de promesses techniques sur l'idée que la mémoire serait toujours plus abondante et moins chère, découvrir qu'elle n'a jamais eu la main sur ce paramètre. Les studios vont serrer leurs budgets mémoire. Les consoles vont continuer de monter. Et l'optimisation, ce vieux mot rangé au grenier avec les cartouches, redevient un argument de vente.

Ma position tient en une ligne : tant que les trois mêmes fabricants arbitrent entre nos barrettes et les serveurs d'IA, aucun discours rassurant ne vaudra une facture. Le reste, c'est de la communication de trimestre.

Et vous, vous en êtes où ? Upgrade repoussé, config revue à la baisse, ou bascule sur console faute de mieux ? Racontez-moi ça en commentaire, je suis curieux de voir ce que ça donne concrètement chez vous.

À retenir

  • Le PDG de SK Hynix, Kwak Noh-jung, annonce 2027 comme « la pire année de l'histoire de l'industrie » côté offre, et une pénurie qui dure au-delà de 2030
  • Neuf jours plus tard, le patron du groupe SK, Chey Tae-won, juge que « les prix actuels sont anormaux et doivent baisser »
  • Valve prévient que les prix en rayon ont trois à six mois de retard sur les tarifs de gros : le pire n'est pas encore affiché
  • La Steam Machine, visée autour de 800 €, est sortie à plus de 1 000 €, et les réassorts de Steam Deck OLED sont retardés faute de mémoire
  • Une action collective déposée le 25 juin 2026 en Californie accuse Samsung, SK Hynix et Micron d'entente, avec des hausses alléguées jusqu'à 700 %
  • Samsung et SK Hynix avaient déjà plaidé coupable d'entente sur la DRAM en 2005 (amendes de 300 et 185 millions de dollars)
  • Micron n'envisage pas d'amélioration avant 2028, et les trois fabricants pèsent 90 % du marché mondial de la DRAM
Aurélien Bouscarel · Critique jeux vidéo

Critique et essayiste jeu vidéo, spécialiste de la narration et du game design. Il s'intéresse à ce qui fait qu'un jeu raconte vraiment quelque chose.

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